"Pour approcher le bonsaï..."par Jean-Marc Fiancette

Erable par Arbres et Pots«  Pour approcher le bonsaï, il faut s’astreindre à une relation avec lui. Les soins nécessaires à son développement sont simples et demandent de la constance. C’est donc une relation qui se conçoit dans la durée et au quotidien. Le temps de l’arbre n’est pas le nôtre, et s’il l’est, ni lui, ni nous, n’en savons rien. Lui, s’inscrit dans le cycle du temps qu’il faut et du temps qu’il fait. On peut en dire autant du jardin. Un temps pour les feuilles, un temps pour les abandonner, un temps pour se reposer. D’ailleurs, est-il bien question de temps ? Le bonsaï me fait davantage penser à un gigantesque instant dilaté. Certains pêcheurs parlent volontiers du « sens de l’eau ». La limpidité ondulante d’une gravière provoque l’intuition d’une écaille ou telle couleur, d’un vif argent, d’une odeur ou d’un goût de l’eau. Certaines herbes de rivières, mêlées à l’eau d’été, laissent s’envoler cette odeur qui agit si fort sur l’âme.

 

Ame à forme d’eau, âme à forme d’arbre. Combien de temps faudra-t-il encore mettre un nom sur les choses ? Le « sens de l’arbre » se manifeste, lui, par une compréhension quasi-immédiate de sa structure, de son état phytosanitaire et surtout de la qualité de vie qui le traverse. Tout à coup, il nous est familier, proche depuis longtemps, depuis toujours pourrait-on dire. Si ce « sens de l’arbre » peut être suggéré, c’est bien par le bonsaï. Tout le travail de l’éleveur consiste à provoquer ce moment de contemplation, hors du temps, durant lequel, finalement, nous ne savons plus très bien ce qui se passe, si ce n’est à nouveau cet instant dilaté au sein duquel quelque chose en nous communie à quelque chose en lui, ou plus exactement, cet instant où nous avons enfin su nous taire.

 

On pourrait s’arrêter là et conclure que le bonsaï est une bien jolie chose. Et presque à notre insu, il va nous emmener beaucoup plus loin. Lorsque cette vibration expansive, venue d’on ne sait où et révélée par toute œuvre artistique, digne de ce nom, vous a englobé par cercles concentriques, elle va s‘élargir, jusqu’à une totale remise en question de la définition même d’ « espace ». Le jardin - fragment de  nature civilisée ou état de friche partiellement cultivée- nous amène « presque » naturellement à cet état d’esprit : du potager au parc, de  l’enclos miniature  au  cadre « grandeur nature », le jardin offre  un sas physique dans lequel tout est encore possible, école bien comprise de liberté où les fruits récompensent  une juste compréhension des choses »

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